Johany Jutras – Photographe sportive

07/03/2018

En ce jour de la femme, Lozeau a discuté avec son ambassadrice Johany Jutras pour parler de son parcours, de ses fiertés et pour savoir comment c’est être une femme en photographie sportive!

 

Crédit photo: Pierre-Marc Lachaine

 

D’abord, parle-moi un peu de ton parcours, comment as-tu commencé en photographie?

 

J.J. : J’ai débuté la photo quand j’avais 14-15 ans. J’ai commencé directement dans le monde du sport en suivant le parcours de mes trois frères cadets au football. Pour être franche, les matchs de football de ce niveau n’était pas nécessairement l’activité la plus excitante. Malgré tout, mes parents et mes frères appréciaient que j’aille les encourager de temps en temps. À l’époque, je venais de m’acheter un Canon 20D, parce que du plus loin que je me souvienne, j’ai toujours voulu être photographe. Je me disais qu’avoir une caméra qui coûte chère me ferait prendre des bonnes photos (rire), mais elle restait surtout dans la garde-robe. J’ai donc demandé au coach de mon plus vieux frère si je pouvais le photographier pendant les matchs et il a accepté. C’est comme ça que j’ai commencé et j’ai suivi l’évolution de mes trois frères pendant plusieurs années. Finalement, c’est juste moi qui s’est rendue chez les pros… Et qui a gagné une Coupe Grey (rire)!

Donc pour toi la photographie, ça a toujours été de la photographie sportive.

 

J.J. : Oui, tout a commencé avec le football. Là, ça fait cinq ans que je gagne ma vie dans le milieu de la photographie et que c’est mon emploi à temps plein. C’est vraiment avec le football que ma carrière a été propulsée, plus particulièrement grâce à mon CFL roadtrip et à la publication de mon livre Our League, Our Country.

 

Parle-moi de ton livre, quel a été ton processus?

 

J.J. : Mon projet c’était de faire un livre sur la Ligue canadienne de football. Pour faire une histoire courte, j’ai fait le tour du Canada en voiture en arrêtant dans toutes les villes où il y avait une équipe de la LCF. Je restais environ une semaine dans chaque ville, parfois plus, et j’essayais d’en apprendre le plus possible sur l’histoire de l’équipe et la culture du sport dans cette ville. C’est un projet que j’ai autofinancé. J’ai vendu tout ce que j’avais, j’ai laissé mon appartement et j’ai même vendu mes caméras. À l’époque j’étais en Canon, mais je connaissais des gens chez Nikon avec qui j’avais parlé de mon projet. Ils m’ont offert de me prêter toutes les caméras dont j’avais besoin pour réaliser mon projet pendant une période de 6 mois. Difficile de refuser une offre pareille! Alors j’ai vendu mes caméras Canon pour aider au financement de mon projet et au retour j’ai décidé de poursuivre en Nikon. C’était une aventure assez risquée, mais c’est un pari qui a payé. Au retour du roadtrip, avec le lancement de mon livre, les médias en ont beaucoup parlé et c’est pas mal ça qui a propulsé ma carrière. Maintenant, je suis une photographe officielle pour la Ligue canadienne de football et pour les Argonauts de Toronto.

 

Crédit photo: Doug Portz

 

Qu’est-ce qui te différencie des autres photographes sportifs?

 

J.J. : Mon style est vraiment plus orienté vers l’émotion dans le sport. J’ai développé ça au fil des années. Je me suis rendue compte que c’est ça qui m’intéresserait et maintenant c’est devenu ma marque de commerce. Les gens qui me contactent c’est ce qu’ils recherchent aussi, ils veulent faire ressortir le côté émotif dans le sport, quelque chose d’un peu différent de ce qui se fait généralement dans le milieu. On se rencontre, ils me parlent de leur projet et ce qu’ils veulent faire et moi j’essaie de trouver un angle différent qui n’a jamais été développé auparavant.

 

Aujourd’hui c’est la journée de la femme, considères-tu que la photographie est un monde masculin?

 

J.J. Non je ne pense pas. En effet, il y a beaucoup de photographes hommes, mais il y a aussi beaucoup de très bonnes photographes femme. C’est vrai par contre que dans le milieu de la photographie sportive c’est pas mal plus masculin. Je ne pourrais pas dire pourquoi, peut-être parce que le sport c’est déjà un milieu d’hommes et les femmes se sentent intimidées, mais je ne sais pas. Moi c’est certain qu’en grandissant avec trois frères, les hommes ne me stressent pas vraiment. Dans toutes les situations, je pense que c’est normal de se sentir intimidé quand tu es en minorité, qu’on soit homme ou femme. Mon truc, c’est de faire comme si ça ne me faisait rien, jusqu’à ce que ça ne me fasse rien (rire). Au final, je suis là, j’ai un job à faire, que ce soit des gars ou des filles que je photographie, et que je sois entourée de gars ou de filles, je dois faire mon travail peu importe.

 

Te sens-tu acceptée dans ton milieu? Pas seulement par les athlètes, mais aussi les autres photographes masculins?

 

J.J. : C’est sûr qu’au début tu dois faire ta place. Le milieu de la photographie c’est déjà très compétitif et c’est certain que lorsque les gars me voyaient, je sentais une réticence. Mais maintenant ce n’est plus comme ça.

 

Crédit photo: Doug Portz

 

Parce que tu es plus établie ou parce que le milieu évolue?

 

J.J. : Le milieu évolue, avec tout ce qui se passe en ce moment par rapport au respect de la femme, ça fait vraiment une différence, en tout cas moi je l’ai senti. De mon côté, je garde toujours la même mentalité qu’à mes débuts et c’est ce que je dis aux filles qui commencent en photographie sportive: ne pas mélanger le travail et la vie personnelle.

 

As-tu des idoles ou des femmes que tu admires en photographie?

 

J.J. : Annie Leibovitz! Je n’ai pas vraiment d’idole dans la vie, il n’y a personne que j’admire réellement, mais Annie Leibovitz, si je pouvais la rencontrer un jour ou juste la regarder travailler, je tripperais. Sinon, la persévérance c’est une qualité que j’admire beaucoup chez les gens. Ils méritent leur succès. J’admire aussi beaucoup les jeunes photographes qui ont du guts, de la passion et de la volonté. J’ai parfois l’impression que ça se perd un peu de nos jours, surtout avec les réseaux sociaux. Des fois, on a l’impression qu’il suffit de 2-3 clics pour réussir, mais non ça prend beaucoup de travail, de persévérance et volonté.

 

Trouves-tu qu’il y a une différence dans l’œil du photographe entre un homme et une femme? Par exemple, toi tu cherches plus à faire ressortir l’émotion…

 

J.J. : Parce que j’suis une femme? Je pense que non, je dirais que ça dépend de l’individu. Je crois qu’il y a des hommes plus sensibles que d’autres et c’est pareil pour les femmes. Moi je suis une personne assez sensible à la base et je vois souvent les choses d’un regard différent. Cette sensibilité que j’ai dans ma façon d’observer me permet de lire les gens et percevoir les émotions dans leur non-verbal. Je vais porter attention à certains aspects que peut-être d’autres personnes ne remarqueront pas. En gros, tu n’auras pas besoin de me dire comment tu te sens pour que je devine si tu vas bien ou pas. Être attentive et intéressée aux gens qui m’entoure est selon moi ce qui me distingue dans mon style en photographie. Je ne pense pas vraiment que ce soit une affaire de femme ou d’homme, mais vraiment plus relié à ton niveau de sensibilité. Quand tu es photographe, la photo que tu prends représente l’interprétation de ce que tu vois à un moment bien précis. Toujours selon moi, ça n’a aucun rapport avec le genre.

 

Qu’est-ce qui te rend le plus fière de ton parcours?

 

J.J. : Mon livre! C’est vraiment mon plus grand accomplissement que je suis très fière d’avoir réalisé.

 

Crédit photo: Tomas Makacek

 

Tu avais aussi fait un projet qui a paru dans La Presse, Beyond Strength, que tu as justement sorti à la journée de la femme l’année dernière et qui présente différentes athlètes féminines qui sont fières de leur corps musclé.

 

J.J. : Oui c’était un beau projet ça et j’ai travaillé vraiment fort là-dessus. C’était d'abord un projet personnel qui me tenait à cœur. J’étais très motivée et je voulais vraiment que ce soit spécial et que les gens s’en souviennent. Je crois que ça a fonctionné (rire)! Avec Beyond Strength, on a voulu passer le message que tous les corps sont différents et qu’il y a de la beauté dans chaque corps. Le but était de faire tomber les préjugés que certaines personnes peuvent avoir sur les femmes qui sont plus musclées. Ça a été beaucoup de travail pour établir le bon concept et trouver les filles qui avaient le guts de participer (à une séance photo nue). Ensuite, il fallait trouver la bonne façon de raconter leurs histoires respectives dans une photo et faire un portrait d’elles qui les représenterait bien tout en restant sensible dans l’exécution. Bref, ça aussi c’est un autre projet que j’ai réalisé qui me rend vraiment fière dans l’fond!

 

Finalement, qu’est-ce qui s’en vient pour toi, quels sont tes futurs projets?

 

J.J. : Je travaille sur la conception de mon prochain livre. Je prévoyais le sortir en janvier, mais là ce sera plus pour juin. Je reste dans la thématique du football, mais ce sera un livre très différent du premier... À suivre! Sinon, ces temps-ci je photographie beaucoup de Crossfit et je travaille sur un autre projet en lien avec ce sport. Bref, toujours du sport et de l’émotion! 

 

Vous pouvez suivre le travail de Johany sur son site webFacebook, Instagram et pour les fans de football, elle a aussi un compte Instagram pour la CFL.

 

 

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